Victor Cordero – L’aven de Saint Ou

Le compositeur

Victor Cordero

Victor Cordero est né en 1971 à Molins de Rei (Barcelone). Après avoir étudié le piano et la théorie musicale au Conservatoire du Liceu de Barcelone, il débute une intense activité pédagogique dans de nombreuses écoles. Ses rencontres décisives avec Helmut Lachenmann et Jorge Pepi Alós le convainquent de se lancer dans une carrière de compositeur. Il se rend en Suisse où il étudie auprès Nicolas Bolens, Eric Gaudibert et Michael Jarrell au Conservatoire de Genève. Il travaille également la musique électroacoustique avec Rainer Boesch, Emille Ellberger, Luís Naón et Eric Daubresse.

Ses œuvres sont jouées en Europe, en Amérique et en Australie par des interprètes tels que Mario Caroli, les solistes de l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich, l’Orchestre de chambre de Zurich ou l’Ensemble Vortex. En 2011, il est invité par l’Ensemble symphonique Neuchâtel en tant que compositeur en résidence.

Actuellement, il est professeur d’orchestration à la Haute Ecole de Musique de Genève et professeur de théorie sur le site de Neuchâtel de cette institution. Il a enseigné également dans le département Jazz de la HEMU de Lausanne.

Son site internet : https://victorcordero.ch/

L’œuvre

Pour cette commande de l’Orchestre des Trois-Chêne, le compositeur Victor Cordero, originaire de Barcelone, s’est tourné vers une légende ancestrale du folklore catalan :la légende du comte Arnau qui se joue en partie dans l’aven de Saint Ou, une grotte située au nord de la Catalogne.Personnage maléfique, le comte Arnau fut condamné à chevaucher éternellement dans les airs après avoir mené une vie décousue, faite de conquêtes et de relations coupables. Cette figure centrale de l’imaginaire catalan a notamment inspiré une chanson populaire datant de la fin du XVIe siècle, qui raconte le dialogue entre l’âme du compte Arnau damné et sa veuve. C’est lethème de cette chanson qui sert de base à la composition de Victor Cordero.Comme autre source d’inspiration, le compositeur s’est tourné vers Johannes Brahms, maître de la variation, comme l’atteste le 4e mouvement desa 4e symphonie. Brahms y expose un thème de huit mesures emprunté à Jean-Sébastien Bach, qu’il répète ensuite à 30 reprises, toujours sous une nouvelle forme. Avec son Aven de Saint Ou,Victor Cordero se situe donc au confluent de deux fleuves, l’un fournissant le matériel mélodique – la chanson populaire catalane –, l’autre la technique de composition basée sur les variations. Deux influences aux origines diverses,l’une populaire et l’autre savante, l’une intemporelle et l’autre ancrée dans la tradition classico-romantique, qui nourrissent ensemble l’imaginaire et le langage de cette œuvre contemporaine.

Trois questions à Victor Cordero

L’Aven de Saint Ou est une commande de l’Orchestre des Trois-Chêne. Que représente pour vous le projet d’écrire pour un orchestre de musiciens amateurs ?

En accord avec les souhaits exprimés par les musiciens de l’orchestre, j’ai voulu écrire une musique plaisante et agréable, qui fasse la part belle à l’immédiateté et à la spontanéité. Il s’agissait aussi de respecter le niveau technique des musiciens pour ne pas créer des difficultés inutilement insurmontables. Mais je ne considère pas ces éléments comme des contraintes : j’ai créé avant tout une musique qui me ressemble. Et il est très stimulant de pouvoir écrire pour un orchestre symphonique, à l’effectif très large.

Avez-vous quand même dû adapter votre langage musical ?

Il est vrai quej’écris parfois des œuvres au langage moins accessible, par exemple de la musique atonale ou bruitiste. Mais plus les années passent, et moins je me soucie de me protéger dans une tour d’ivoire en créant une musique très savante et complexe. J’aime aussi écrire de la musique qui soit plus accessible, et l’Aven de Saint Ou est une œuvre de Victor Cordero à part entière.

L’aven de Saint Ou s’inspire d’un conte catalan très ancien et d’une chanson populaire qui y est associée. Pourquoi avez-vous choisi cette source d’inspiration ?

Le côté mythique,médiéval et sombre du personnage du comte Arnau m’attirait, car il me permettait d’écrire une pièce très imagée, à l’atmosphère bien particulière. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si cette légende très ancienne a énormément inspiré les artistes, notamment des écrivains œuvrant dans des registres littéraires très variés. Avec l’Aven de Saint Ou, j’ai voulu restituer une ambiance particulière, ancrée dans unpassé historique lointain fait de clichés médiévaux, qui reste cependant trèsprésente dans l’imaginaire collectif catalan.