Carlo Ciceri – Apnea

Création juin 2019, commande de l’Orchestre des Trois-Chêne

L’œuvre

Connaissez-vous La Spezia, petite ville implantée dans les paysages idylliques de la côte ligure, tout près des célèbres « Cinque Terre »? C’est là, au bord de la Méditerranée, qu’est né et qu’a grandi Carlo Ciceri. En se penchant sur ses racines pour écrire une œuvre commandée par l’Orchestre des Trois-Chêne, le compositeur ne s’est pas remémoré un folklore musical particulier. Ce qui l’a imprégné, c’est avant tout la mer, dont l’aptitude à être évoquée en musique n’est du reste plus à prouver (on pensera notamment à la fameuse œuvre éponyme de Claude Debussy). Dans Apnea, Carlo Ciceri emploie un langage musical résolument contemporain pour nous faire plonger, en apnée, dans les profondeurs marines. Au fil des techniques de jeu particulières, des glissandi aux sons harmoniques, des longues notes tenues aux chromatismes et des crescendos aux decrescendos, il nous emmène dans un univers sonore aussi étrange qu’intense, imprégné du balancement vague et sourd des flots sous-marins comme de la lumière irisée qui vient transpercer la surface de l’eau.

Le compositeur

Carlo Ciceri
© Roberto Mucchiut

Carlo Ciceri est né en 1980 à La Spezia. Il a obtenu un diplôme de piano dans sa ville natale ainsi qu’un diplôme en musicologie de l’Université de Pavie (faculté de Crémone). Il a choisi de compléter sa formation avec un Master dans la classe de direction d’orchestre avec Giorgio Bernasconi et de composition avec Nadir Vassena et Giovanni Verrando au Conservatoire de la Suisse italienne à Lugano. Ciceri a également étudié avec Jacopo Baboni-Schilingi et Frédéric Voisin au Conservatoire de musique de Montbéliard. Parallèlement il a suivi des masterclasses de composition à la Fondation Royaumont, à Graz (AkadiemieImpuls), à Darmstadt (Ferienkurse) et à Avignon (Acanthes).

Il a été récompensé lors de nombreuses compétitions (Zeitklang, Jurgenson Composition Competition, Camillo Togni, Incontri Internazionali «Franco Donatoni», Gianni Bergamo Composition Award). Ciceri a été boursier de l’Association Suisse des Musiciens et de la Fondation Kiefler-Hablitzel en 2006 et 2007. Ces dernières années, ses œuvres ont été programmées dans divers festivals (Biennale Musica-Venezia, Festival di Milano Musica, Festival Archipel, Tage für Neue Musik, Oggimusica, Rondò – Milano) et ont été jouées par de nombreux ensembles (ensemble recherche, RepertorioZero, Divertimento ensemble, ensemble Vortex, MDI ensemble, ensemble Linea, ensembleRisognanze, Ex Novo ensemble) et orchestres (Zurcher Kammerorchester, Orchestra della Svizzera Italiana).

Il est le co-fondateur de ExPractica (collectif qui crée des spectacles composés avec une interaction entre les arts du théâtre, la musique et la vidéo), M()A (groupe de recherche musicale qui propose des projets musicaux conçus en fonction d’un site) et Crile (association qui produit de spectacle danse-musique). Il dirige également des ateliers et des conférences et enseigne la composition assistée au Conservatoire de la Suisse italienne à Lugano et à la Scuola Civica di Musica à Milan.

Depuis 2011, il fait partie du comité artistique de RepertorioZero, groupe de recherche et ensemble de Milan, qui a remporté le Lion d’Argent à la 55e Biennale de Musique à Venise.

Trois questions au compositeur

Apnea est une commande de l’Orchestre des Trois-Chêne. Que représente pour vous le projet d’écrire pour un orchestre de musiciens amateurs ?

Cela a deux implications principales. La première, de nature technique, consiste à nettoyer et à réduire l’écriture musicale à l’essentiel pour qu’elle soit le plus efficace, transparante et immédiate possible. La seconde a un caractère social : il s’agit de libérer la création d’une œuvre de son occasion productive et performative, en la faisant devenir une expérience collective, notamment grâce au nombre de répétitions réparties sur plusieurs semaines.

Avez-vous adapté votre langage musical pour cette circonstance particulière ?

L’adaptation de l’écriture dont j’ai parlé n’a pas changé mon langage, parce que je crois de manière générale qu’un langage musical qui est conscient, et qui propose donc différents niveaux de lecture, a aussi la capacité de parler et de s’adapter à différents types de publics et d’interprètes sans perdre ni force communicative ni identité.

Apnea s’inspire de la mer, au bord de laquelle vous avez grandi à La Spezia. Ce genre de références biographiques sont-elles, de manière générale, importantes pour vos œuvres ? 

Je crois que la lumière et la présence de l’horizon infini de la mer, tout en ayant immédiatement derrière soi un mur de terre et de roche a eu, et a encore, un impact probablement inconscient sur le sentiment de liberté et de contrainte, et en général sur la tension créatrice qui se déplace entre ces deux pôles.